ART-SCIENCE

Collaborations Art & Science et Médiation Visuelle

L’univers graphique de THE CRAZY CROWD, développé par l’artiste-autrice Anne Escaffit, se met au service de collaborations avec le monde de la recherche et des institutions scientifiques.

L’illustration au service de la vulgarisation scientifique

L’identité visuelle dense de THE CRAZY CROWD associé un dialogue avec les équipes de scientifiques peut permettre de :

  • Matérialiser des concepts abstraits et des écosystèmes complexes.
  • Renforcer l’impact visuel des événements institutionnels et des colloques.
  • Sublimer les livrables scientifiques (ouvrages, livrets d’accueil, supports de communication).

Projets scientifiques

Ecole doctorale sur les socio-écosystèmes des territoires uranifères

Dans le cadre des Réseaux des Zones Ateliers du CNRS (RZA), la Zone Atelier Territoires Uranifères (ZATU) a organisé une école sur les socio-écosystèmes des territoires uranifères. L’identité visuelle de l’événement a été conçue dans le style THE CRAZY CROWD.

  • Affiche institutionnelle : Création de l’affiche officielle en dessin numérique, synthétisant les enjeux scientifiques et territoriaux du séminaire.
  • Illustration éditoriale : Production d’un dessin analytique publié au sein du livret pédagogique à l’attention des chercheurs et doctorants participants.

Journées d’études & Recherche-Création SAGA : Sciences arts et géoressources pour l’Anthropocène

Anne Escaffit a participé activement aux journées d’études SAGA dédiées aux géoressources de l’Anthropocène.

  • Communication : Présentation à l’Université Toulouse Jean Jaurès, aux côtés de chercheurs et d’artistes, du processus de création artistique mené en lien avec l’école doctorale sur les territoires uranifères.
  • Publication scientifique : Rédaction et publication d’un article au sein de la revue en ligne Hypothèses dans la catégorie Zone Arts https://rzarts.hypotheses.org/788#more-78

Projets en cours et perspectives

  • Illustration d’ouvrage : Réalisation en cours d’un dessin numérique pour un livre scientifique.
  • Futurs projets Art-Science : Sollicitations en cours pour intégrer de nouveaux programmes art-science.

Article publié sur le site Hypothèses (disponible en ligne et ci-dessous)


The Crazy Crowd en territoires uranifères

Par Anne Escaffit, 

Artiste-autrice, j’écris des nouvelles depuis 2011 et ai commencé à dessiner en 2024. A partir de cette pratique autodidacte, j’ai créé un univers : THE CRAZY CROWD (marque déposée), une foule graphique dense et riche en détails qui parle de diversité et de vivre-ensemble. Je dessine au feutre acrylique (noir et blanc, couleurs) sur papier, toile, mur, et en numérique. En partie inspirée par le travail de Joan Miró et Keith Haring, j’aime jouer avec les formes et couleurs pour faire voyager ma foule atypique dans différents univers dont elle tente modestement de s’approprier les codes (thecrazycrowd.fr).

Contexte de ce retour d’expérience art-science

Dans le cadre des Réseaux des Zones Ateliers du CNRS (RZA), la Zone Atelier Territoires Uranifères (ZATU) a organisé une école sur les socio-écosystèmes des territoires uranifères. Une affiche pour l’école et un dessin pour le livret à l’attention des participant.es devaient être réalisés. Je ne suis pas spécialiste du sous-sol et ne vis pas sur ces territoires. Mon esprit ne fouille pas le sol, n’analyse pas, n’expérimente pas ces réalités. Je me laisse seulement traverser par les univers que je croise, qu’on me présente, qu’on me « prête » et que je m’approprie ponctuellement pour tenter de traduire des réalités parfois complexes à l’aide d’assemblages graphiques complétés, par endroits, par quelques mots.

Début du processus de création

La création a été laissée libre avec une base de travail constituée des mots-clés.  C’est à partir de ces mots-clés et des premières images mentales, notions ou mots qu’ils m’ont évoqués que j’ai commencé les premières réalisations.

  • Habitants, lieux, maisons, ville, vie… Identité, représentations personnelles du territoire, émotions générées par le lieu
  • Minerai d’uranium, danger, utilité, ambivalence
  • Détente, bienfaits
  • Interdisciplinarité : comme écho à la complexité des éléments du territoire et comme mise en parallèle entre la multitude de disciplines et la multitude d’éléments interagissant entre eux : aspects physiques, sociaux, idées, imaginaires qui constituent, alimentent, font vivre le territoire…

J’ai ensuite fait une recherche simple de photos de minerais d’uranium et d’eaux thermales pour un travail sur les formes et couleurs.

La première image mentale que m’a évoqué le sujet était le symbole de la radioactivité que j’ai rapidement transformé en visage : les trois pâles/branches et le cercle fonctionnant, à mon sens, parfaitement bien ensemble pour représenter des yeux, un nez, une bouche. En dessinant ensuite plusieurs minerais d’uranium, je me suis rendu compte qu’ils ressemblaient à des habitations : j’ai donc joué sur cette ambiguïté pour créer des immeubles-minerais. J’ai aussi décidé d’utiliser les minerais et eaux thermales comme éléments constitutifs de certains corps et parties du décor.J’ai rapidement eu le sentiment que le caractère humoristique de certains dessins conférait une certaine légèreté à l’ensemble des réalisations, sans toutefois déposséder le projet de son aspect sérieux.

Voici quelques exemples d’éléments figurant parmi les premières réalisations :

  • Figure 1 : Identité, représentations personnelles du territoire, émotions générées par le lieu, vie sur le territoire
  • Figure 2 : Eaux thermales et potentielles réalités multiples qui y sont associées
  • Figure 3 : Interdisciplinarité

  

Figure 1 – Questionnement/étonnement, Monsieur Questionnement heureux (au milieu) et Vivre-ensemble en territoire uranifère (à droite)

Figure 2 – Détendus dans les eaux thermales ou grignotés par l’uranium et noyés dans l’eau ?

Figure 3 – Mains-collectifs qui fonctionnent ensemble (en haut) et Interactions complexes et multiples : pour la création de trajectoires plus soutenables (en bas)

A partir des premières illustrations, j’ai organisé mes idées pour dégager trois axes de création inspirés par les sous-objectifs énoncés dans le document de présentation de l’école (voir ci-dessous).

Présentation de l’école et de ses sous-objectifs

L’école de formation organisée par la ZATU, à destination des doctorants et post-doctorants de toutes disciplines, proposait d’explorer, durant trois journées, les enjeux présents et futurs liés aux socio-écosystèmes produits à l’interface entre le sous-sol et les territoires uranifères. Ce, dans une triple approche : transdisciplinaire, sensible et expérimentale, pour :

  • Comprendre et requalifier les socio-écosystèmes dans toute leur complexité
  • Apprendre à se positionner comme acteur.ice

L’école s’inscrit ainsi dans la dynamique des « sciences avec et pour la société » et vise différents sous-objectifs, dont :

  • Expérimenter une relation renouvelée aux socio-écosystèmes (SES) en mobilisant l’intuition, l’émotion et la créativité pour percevoir autrement les interactions entre acteurs.rices humains et non-humains (végétaux, animaux, minéraux).
  • Sortir de la dichotomie dans la caractérisation des propriétés des ressources géologiques: ici, entre la radioactivité comme simple ressource (minière, thermale, etc.) versus la radioactivité comme danger (radiologique notamment) et source de risques pour le vivant, pour appréhender les territoires qu’elle caractérise dans leur globalité, comme SES, en repensant l’ensemble des composantes : minérales, biologiques, sociales, culturelles et historiques, etc.
  • Montrer la complémentarité de différentes formes de production de connaissances (scientifiques, artistiques, expérientielles et citoyennes) sur la radioactivité naturelle et ses impacts, afin d’enrichir le regard porté sur les SES uranifères, d’ouvrir de nouvelles hypothèses de travail et d’explorer des pistes d’action innovantes.

Je me suis beaucoup appuyée sur et/ou inspirée de ces trois sous-objectifs de la présentation de l’école pour définir mes propres axes de création.

Axes de création

Axe 1 : La complexité des milieux et des composantes sociales et minérales des territoires riches en ressources minérales

J’ai développé cet axe en deux points, à partir de personnages et éléments du territoire :

  • Des symboles et éléments distinctifs de décor pour représenter la radioactivité, les minéraux;
  • Un travail de fusion-absorption entre territoire, minéraux, eaux, habitations, personnages pour souligner l’aspect identitaire et multiple de l’habiter et brouiller les frontières entre humain et territoire (l’humain est littéralement habité par les réalités du territoire). Personnifier les éléments du territoire (bâti ou sous-sol) permet de rendre compte du sensible de l’habiter (Figures 1 et 4).

Figure 4 – Monsieur Ura Nifer (le cousin de  Madame Radio-Active) (en haut), Madame Radio-Active, toujours à l’écoute des nouvelles tendances en matière de coiffure, Madame Eauranium (à droite) et Madame Village-dans-le-buste (en-dessous)

Axe 2 : La dichotomie ressources/risques : la radioactivité vue sous les angles de la ressource minière/thermale ou des risques

Les personnages et éléments de décor sont porteurs de l’ambivalence ressources/risques et de l’impossibilité de trancher sur ces notions de façon binaire. J’ai donc représenté :

  • Des personnages présentant ou évoquant des émotions multiples et ambivalentes (étonnement, perplexité, peur) soit au sein d’un même personnage, soit de manière disparate dans l’ensemble du dessin. (Figures 5 et 8)
  • Des personnages morcelés ou dont l’émotion perceptible peut sembler en inadéquation avec la situation vécue, pour exprimer la complexité des réalités du territoire et ses ambivalences. (Figures 4, 6 à 10).

Figure 5 – Monsieur Étonnement inquiet (à gauche), Madame Peur thermale (à droite)

Figure 6 – Monsieur Morcelé-Moitié-de-mot

Figure 7 – Monsieur Risques : le bas de son corps fore le sol et son visage affiche une expression comique de perplexité mêlée d’inquiétude. Le mot-bouche le mure symboliquement dans un silence l’empêchant d’exprimer ses ressentis relatifs à la tâche dont il semble questionner la pertinence.

Figure 8 – Monsieur Vie radioactive évoque l’ambivalence des émotions et le questionnement/étonnement (radioactivité associé à des marqueurs de bonne santé : cœur qui bat et vagues évoquant les bienfaits des eaux thermales.)

Figure 9 – Dr Happy and Mister Scared : l’un sourit et plonge la main dans les cristaux, l’autre éprouve un sentiment de répulsion/peur.

Figure 10 – Monsieur Inconfortable dichotomie

  • Des éléments contraires qui mettent en avant dans un même espace la notion de vie et de mort ou de ressources/risques (Figures 10 et 11)

Figure 11 – Duo de crânes en territoire uranifère et visage traversé par la vie (à gauche) et Cœur Mort-uranium (à droite)                                            

Axe 3 : La notion d’interdisciplinarité comme écho à la complexité des éléments du territoire et sous l’angle de l’interdépendance intrinsèque à tout système

La mise en parallèle entre la multitude de disciplines et la multitude d’éléments interagissant entre eux sur le territoire évoque l’interdépendance entre territoire et habitants, et donc, les notions de réalités coexistantes et d’influences croisées. Ces notions ont été développées par le biais (Figure 12) :

  • Des personnages/mains imbriqué.es les un.es dans les autres ou relié.es entre elles/eux. 
  • Du mot « interdisciplinarité » scindé en deux, inscrit sur deux personnages qui se tiennent la main (pour évoquer la co-construction pour un avenir commun).

Figure 12 – Inter-disciplinarité

Enjeux et questionnements au cours du processus de création et atouts en réponse

Première analyse en février 2026

Il s’agissait de mon premier exercice Art-science. Dans un premier temps, j’ai craint que la prise en compte d’une ligne directrice bloque ma créativité, en dépit du caractère porteur et stimulant du projet. Cependant, j’ai pris plaisir à dessiner en étant guidée par des fils conducteurs et ai retrouvé cette sensation éprouvée lors de l’écriture de nouvelles pour des appels à texte. L’existence d’une tension agit comme un stimulant qui pousse à adopter une autre posture mentale et permet d’expérimenter de nouvelles manières de travailler.

Seconde analyse en juin 2026 : deux limites/questionnements

Au cours du travail, j’ai également ressenti deux limites/enjeux qui ont suscité des questionnements.

  • Le premier questionnement était relatif à un potentiel manque de nuance et de capacité à représenter des notions complexes, multiples et multifactorielles, avec des formes simples.Si j’évoque l’idée de formes simples comme un impératif, c’est d’abord parce que la simplicité constitue un des éléments de mon style. C’est ensuite parce qu’il me semblait nécessaire, pour réaliser des illustrations liées à la thématique et donner du corps au thème, de faire des propositions lisibles, et donc, d’utiliser des symboles ou éléments clairement identifiables.

C’est la conscience de cette potentielle limite qui m’a poussée à écrire (dessiner) des mots, souvent pour représenter et/ou associer entre elles des notions complexes ou polysémiques. (Figure 3). Les mots ont donc été utilisés comme des outils visuels/de sens qui sont venus compléter les informations véhiculées par les dessins.

J’ai, d’autre part, considéré que mes propositions visuelles simples pouvaient présenter des situations caricaturales paradoxalement représentatives du désir de s’en affranchir. Ainsi, le fait de représenter des personnages habités par un « méchant » uranium qui ravagerait les corps sains pouvait servir de moyen pour caricaturer les idées polarisées autour de ce sujet afin de mettre en lumière la nécessité d’une posture nuancée.

  • La deuxième limite, restée alors aux abords de ma conscience, ne m’est apparue plus clairement que quelques mois plus tard. J’ai eu le sentiment de m’approcher et de m’imprégner du sujet avec un certain manque de légitimité lié à deux aspects. En premier lieu, la réalisation s’est faite avec, en filigrane, un questionnement relatif à une éventuelle limitation de mes possibilités de représentations de ces réalités complexes en raison de mon absence de connaissances sur le sujet. Par ailleurs, ce sentiment était accompagné de l’idée que les sujets dont se saisissent les sciences ne sont pas légitimement abordables par des néophytes et/ou non-scientifiques (sentiment de « sacralisation » de la science).

Cependant, faire des recherches trop précises aurait, à mon sens, fait basculer le projet dans un cadre trop intellectuel et instauré une notion de maitrise qui aurait enrayé la dynamique de création, naturellement galvanisée par un regard neuf et extérieur.

Réalisation concrète des illustrations

La réalisation concrète des illustrations s’est faite en plusieurs temps dans un constant dialogue avec la personne en charge du projet. Il s’agissait de prendre en compte plusieurs réorientations et de faire des retouches et modifications suite aux divers retours de l’équipe scientifique. Au départ, par exemple, il avait été question de dessins monochromes. Puis, une réorientation a été faite pour rajouter des touches de couleurs afin de rendre plus visibles l’uranium et les eaux thermales. J’ai aussi abandonné certaines illustrations qui, à mon sens, se mariaient mal à la composition globale. A été abordée également la notion de densité du dessin pour le livret à l’attention des participant.es : j’ai donc proposé une version dense et une plus épurée. Travailler sur tablette numérique en utilisant des calques me permet d’enlever, de rajouter, ou encore de déplacer des éléments. Certains éléments/personnages ont aussi été isolés et livrés en fichiers indépendants pour être inclus çà et là dans le livret en plus du dessin global.

Quand l’uranium fait des petits : suites concrètes et perspectives futures

Suite concrète

Couverture de roman

En février 2026, l’éditrice d’une petite maison d’édition toulousaine (La 21ème Saison) ayant vu sur mon site les deux illustrations réalisées pour la ZATU, m’a proposé de réaliser la couverture d’un roman « Uranium de nos villages » (écrit par Jacques Marlier) (Figure 13). Cette fiction relate une tension entre les habitants d’un village situé dans l’Hérault. Ces derniers craignent la réouverture d’une mine dans la région (mines d’uranium du Lodévois). Les thèmes à explorer pour réaliser l’illustration étaient l’uranium, la colère des habitants, les ravages sur le territoire (et si possible, un élément spirituel lié au temple bouddhiste car un des protagonistes du roman y réside). J’ai donc réinvesti l’univers précédemment exploré et pris en compte les nouveaux éléments pour réaliser cette couverture qui évoque la tension entre les habitants, la présence de l’uranium, les notions de territoire et de nature.

Figure 13 – Couverture du roman « Uranium de nos villages »

Perspectives futures

Les deux prochains points présentent des expériences qui, à ce jour, n’ont pas encore été concrétisées. Il s’agit de propositions de travaux communs. Il conviendrait de définir les lignes directrices et objectifs précis de ces propositions qui, à mon sens, pourraient s’inscrire dans une dynamique d’élaboration de réflexions communes, de partage des imaginaires, connaissances et représentations de chacun afin d’initier des discussions entre habitants, chercheurs, artistes, etc, (dans l’objectif, aussi, de décloisonner les catégories chercheurs, habitants, artistes).

Exposition

Lorsque je me replonge graduellement dans le passé-récent-sous-sol-de ma conscience, émerge de façon confuse le désir de prolonger la création et de la rendre plus palpable en passant du numérique à des œuvres plus physiques. Au moment où je rédige ces lignes, une pile de toiles de formes inhabituelles (rondes et triangulaires) est posée à côté de moi. On vient de me les donner et je n’ai jamais travaillé sur ces formats qui me semblent adaptés pour représenter les éléments/visages préalablement créés sur support numérique. Je propose de travailler sur le projet d’une exposition physique réalisée par des chercheurs, artistes, habitants sur : les territoires uranifères ? Les territoires pollués ?

Des mots

A partir de l’idée de création d’un récit fictionnel, j’ai écrit en juin un court texte qui se présente comme le début du journal fictif d’un habitant d’un territoire uranifère : « Traces d’autre chose. Journal imaginaire d’un habitant traversé par… ».

Plusieurs entrées viennent compléter la phrase-titre (le réel, la nature, l’imagination, le rêve, l’angoisse, la vie…) et introduire un court paragraphe écrit. Je propose que l’on s’en saisisse comme base d’exercice à réaliser en commun. Il s’agirait, à partir de ce début de journal, de proposer à des habitants, chercheurs, artistes, de continuer à écrire sous les entrées qu’ils souhaitent compléter (potentiellement sous la forme d’un cadavre exquis), et/ou de rajouter des entrées à leur tour.

Premiers essais pour ” Traces d’autre chose. Journal imaginaire d’un habitant traversé par…”

Le réel
Je n’ai pas peur. On ne peut pas avoir peur dans sa maison. Il y a quatre murs, un toit, du silence et de la joie. La lumière du soleil qui passe à travers les vitres. Ma femme, mon fils. Et un crédit à payer : c’est comme un enfant supplémentaire. Moins bruyant, plus sournois. Ca, c’est un souci réel. Nous vivons bien ici. Nous avons construit notre vie. La vie, c’est le calme, pas la peur. Certains voisins ont peur. Ils pensent trop. Moi je ne pense pas, je vis. Et je ne me crois pas immortel.

La nature
Ce n’est pas à nous de décider de quoi le sol est fait. Il y a toujours eu, sous nos pieds, des choses que nous ne voyons pas, que nous ne connaissons pas. C’est la nature. On en fait partie, on ne peut pas vouloir nettoyer le sol en profondeur pour qu’il soit comme on le voudrait.

L’imagination
Qu’est-ce que ça peut bien nous changer l’uranium dans la terre ? Loin. Très loin du rire de mon fils, de la couleur de l’herbe et du ciel. Très loin de tout. Et puis on ne va pas vivre pour toujours. Qu’est-ce que ça peut faire si, quand on est morts, il y a des traces d’autre chose dans nos corps ? Des traces que personne ne verra jamais. On aura vécu de la même manière. C’est juste le mot qui fait peur. Il suffit de le prononcer ou d’y penser pour qu’il devienne plus complexe parce qu’il fait naitre des idées. La peur, c’est de l’imagination qui conjugue tout au futur. Mais la réalité, c’est le présent. Moi je n’imagine pas, je vis. Quand je pense au futur, je ne pense pas au sol, je ne vais pas si loin, si profond. Je reste en surface, là où mes pieds se posent.

Le rêve
Quand je dors la nuit, je rêve à des choses simples. Je ne fais pas de cauchemars.

L’angoisse
J’imagine l’uranium comme une lumière verte, une couleur de pierre qui brulerait mon visage pour s’infiltrer dans la chair, rentrer dedans, s’imprimer en filigrane. Ca ne ressemblerait à rien, physiquement. On serait des monstres si la pierre nous gagnait comme ça. Et si ça existait… Et si un matin, on se réveillait avec une odeur dans le nez, une trace-goût de minerai dans la bouche et la certitude qu’on allait mourir parce que la pierre magique nous avait trop gagnée?
Il faut que j’arrête d’écouter parler les voisins. Ils ont peur et ça ne sert à rien.

La vie
Ma mère est morte ce matin, à l’EHPAD. Cela ne sert à rien de trop faire durer une vie. La trajectoire d’une existence, c’est la place qu’elle occupe dans l’espace-temps. Rien avant, rien après non plus. Ou uniquement des choses que l’on ne sait pas. Que l’on ne saura jamais.

Autres illustrations

Affiche de l’école d’hiver 2026 du réseau des zones ateliers du CNRS, organisé par la ZATU

Dessin pour le livret à l’attention des participant.es de l’école d’hiver 2026 du réseau des zones ateliers du CNRS, organisé par la ZATU